Portrait poétique

Le jardinier n’est pas celui qui dans le temps fait durer la forme, mais qui, dans le temps, fait durer l’enchantement.» Gilles Clément

Anne Carron-Bender : lectrice du paysage

Elle raconte le paysage comme une part de nous-mêmes. Elle raconte le patrimoine comme un héritage qui nous devance. Elle raconte l’histoire du vignoble en terrasses comme un livre ouvert. Et l’histoire des bisses comme un parfum.
L’unité de vie d’Anne Carron-Bender tient d’abord à un itinéraire, marqué par l’élan. Elan appuyé sur le monde des racines. Anne vient d’une terre. D’un pays qui raconte un paysage. D’un paysage qui porte des traces. Elle a appris à le regarder, à le considérer dans une durée. Le temps des hommes. Le monde rural. Terre vivante. Habitée depuis des générations. Anne arpente les vallons. Elle affine sa perception du grand Valais. Elle découvre le pays par le relief. Avec ses empreintes, restituées ici par un bisse, là par un mur de pierres sèches, par un vieux sentier. Elle se plaît à recomposer l’histoire d’un monde présent-absent, par une approche compréhensive du paysage.

A rendre visible ce qui bien souvent a été délaissé, puis effacé par le temps. Elle se plaît à s’arrêter sur un chemin, au pied d’un rocher, sur un bisse, au bord d’une vigne. A l’écoute, elle s’émerveille : « la mésange charbonnière babille sur l’épine-vinette ». En cette douce compagnie, elle nous invite à nous asseoir, à regarder, à saisir les transformations du paysage, du monde cultivé, des mayens. Le regard d’Anne porte à voir ce que je regarde et ne vois pas. A décrypter le paysage dans une perspective élargie par la multiplicité des indices, s’éclairant à leur point de croisement. Si Anne se plaît à fournir des repères contextualisés, plus encore, elle nous convie à reconsidérer le temps dans une durée, à resituer le présent dans un temps historisé. Le temps de l’ordinaire aussi. Le temps des gestes aussi bien. Le temps du paysage.

Olivier Taramarcaz, Chemin-Dessus